Magistère, question fréquente

            Observons tout d’abord quelques difficultés pour un quidam moyen. Toute culture humaine véhicule des réflexes conditionnés, des a priori. Par exemple, quand le Français moyen entend le mot « Moyen-Âge », il tend spontanément à l’associer avec le terme « obscurantisme ». Parmi les chrétiens, quelque chose de semblable a lieu avec l’expression « Venue glorieuse de Christ » ou « Christ roi », on s’empresse de préciser que de tels mots n’ont aucune consistance terrestre. De plus, ce royaume concret serait lié à un temps à venir. Loin de s’en offusquer, le cardinal Ratzinger avait bien précisé que, sur un tel temps (symboliquement millénaire), l’Eglise n’avait rien dit de dogmatique, et donc qu’il n’existe aucun interdit. Peine perdue : le formatage de l’opinion catholique va jusqu’à citer, à tort, la minuscule réponse que fit le Saint Office à Mgr J.C. Rodriguez en 1944.

            Certes, les mots « règne » ou « royaume » font difficulté, leur sens est très concret – politique même – et se situe aux antipodes du spiritualisme désincarné fait d’utopisme et de bonnes intentions idéologiques. En 1944, l’engouement pour la fête du Christ Roi, instituée en 1925 par Pie XI, pouvait faire rêver que le Christ revienne subitement résoudre les problèmes du monde, et cela avant même le Jugement. Dans ce contexte, Mgr J. C. Rodriguez (au Chili), pose au Saint Office (à Rome) une question sur le fait d’enseigner « qu’avant le jugement dernier, précédé ou non de la résurrection de plusieurs justes, le Christ notre Seigneur viendra visiblement sur notre terre pour y régner ». La réponse fut : « Le système du millénarisme mitigé ne peut pas être enseigné de façon sûre » (DS 3839). Cette réponse signifie-t-elle : « passez, il n’y a rien à voir » ? Non, cette réponse, qui est juridique, encourage plutôt à parler de quelque chose qui est toujours plausible. La question était d’ailleurs quelque peu bancale car de toute façon, avant le jugement dernier, l’Antichrist n’étant pas anéanti, le Christ ne peut pas régner sur la terre (2Th 2, 3-12).

            En 1992, en dénonçant le millénarisme, le catéchisme de l’Eglise catholique (§ 675-676) veut éviter toutes les illusions idéologiques d’un règne de Dieu sur la terre avant la grâce très spéciale de la venue glorieuse du Christ. Le magistère veut notamment dénoncer les faux messianismes, qui sont tous fondés sur la négation de la divinité du Christ. Leurs partisans n’attendent rien d’un retour glorieux du Christ qu’ils n’adorent pas ! Ils veulent alors imposer par la violence ce qui, à leurs yeux, serait l’équivalent du règne de Dieu.

Comprenons : le « royaume » que le Christ doit remettre au Père (1Co 15, 22-28) ne peut pas advenir n’importe quand : l’Antichrist doit venir d’abord et être jugé et anéanti par le souffle de la Venue du Christ (2Th 2, 3-12). Jésus reviendra dans la gloire pour une « restauration » et une « régénération » (Mt 19, 28 ; Ac 3, 21), pour le « salut-vivification des justes » (He 9, 28), sur la terre, accomplissant le règne de Dieu « sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10), avant de « remettre » le royaume au Père (1Co 15, 22-28).

            Ces propos sont importants car ils donnent la juste perspective de l’annonce politique chrétienne sans laquelle certaines élites se donneront toujours le droit d’imposer le règne dont ils se croient les dépositaires... Les exemples seraient nombreux : il y a 225 ans, le génocide vendéen voulait imposer la déesse raison ou la déesse nation… de nos jours, DAECH veut imposer la loi d’Allah, et/ou, par ces derniers souvent, certaines puissances veulent imposer leur loi politico-financière, leur dieu Mammon… Etc. Dans un tel contexte de modernité, il est plus qu’urgent d’annoncer la véritable espérance chrétienne concernant le Christ roi, (couronné le jour où son Sacré Cœur fut transpercé), une espérance de plénitude dans l’amour, une espérance indissociable de l’attente de son retour dans la gloire, comme nous le proclamons à chaque Eucharistie.

            En résumé, nous ne pouvons ni ne devons imposer le règne de Dieu, mais nous pouvons et nous devons le préparer, en le faisant régner, chacun dans nos vies privées et, de manière "votive" (comme une intercession), dans la vie publique. Pie XI (Quas primas) est non seulement très actuel, mais il indique la marche vers le véritable avenir...

 

Pour aller plus loin :

La Venue glorieuse du Christ, véritable espérance pour le monde (Le Jubilé 2016) -- Il s’agit de la vulgarisation d’une recherche biblique et patristique

La prière de libération (avec une prière personnelle, et une indication sur la dimension sociale et la prière votive). Imprimatur de Paris. Editions Paroles et Silence 2017.

33 jours pour se consacrer à Jésus par Marie (Nihil obstat). Editions EdB 2012.

 

 

×