Préface du P. Cyril Pasquier (osb)

Préface

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L’ouvrage de Françoise Breynaert, La venue glorieuse du Christ et le millénium, est tout d’abord un livre catholique. L’auteur, en vraie fille de l’Église, écrit avec un esprit ecclésial et fait preuve d’un grand et louable souci d’orthodoxie. Ses pages sont imprégnées de l’ensemble du donné révélé : les commentaires bibliques prédominent et sont pertinents, notamment celui de l’Apocalypse ; de plus, l’auteur s’appuie abondamment sur la tradition de l’Église, tant patristique, médiévale que magistérielle.

Le thème abordé fait également de cet ouvrage un livre de feu. Il s’agit d’une étude sur le second avènement du Christ à la fin des temps et la question du millénium eschatologique. Françoise Breynaert est très bien entrée dans l’intelligence théologique de l’antique doctrine patristique sur le « règne des mille ans », avec le royaume des justes, qui, selon saint Irénée, doit advenir à la Parousie, au moment du second avènement du Christ, à la fin des temps. Ce thème est brûlant parce que, de part sa physionomie, il entre en résonance avec toutes les formes de messianismes plus ou moins orthodoxes, chrétiens ou non, que l’actualité nous met constamment devant les yeux. L’auteur traite ce sujet de manière convaincue et enthousiaste. Elle écrit ainsi : « La venue glorieuse est une victoire, une vivification, un royaume, une noce… C’est la venue du Christ, l’époux de nos âmes, l’époux de l’Église ! ». Parfois sa théologie se fait quasi kérygmatique. Phrases courtes et paragraphes brefs traduisent comme l’urgence d’un message à transmettre. On pourrait sans peine attribuer à Françoise Breynaert ces mots de saint Paul : « Ma parole et ma proclamation n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c’était une démonstration d’Esprit et de puissance » (1 Co 2, 4).

Le présent ouvrage est encore le livre d’une femme. La venue du Christ en majesté sera tellement impressionnante, le déchaînement des forces du mal qui la précédera sera si terrifiant que l’on pourrait tout logiquement s’attendre à ce que l’auteur développe une « théologie musclée » proposant des solutions au moins aussi grandiloquentes et belliqueuses que l’objet qu’elle traite. Or, il n’en est rien ; pas de « folie des grandeurs » dans cette étude. Avec son charisme de femme, Françoise Breynaert ne cesse d’en appeler à la purification intérieure, à l’humilité, à la douceur, au rayonnement pacifique de l’amour, tant et si bien que l’on pourrait qualifier sa doctrine de « théologie pour les doux ». En ce sens, l’ouvrage est une invitation à la prière.

Enfin cette étude est un livre en spirale. En effet, la démarche de l’auteur avance en cercles de plus en plus profonds. On repasse donc plusieurs fois par le même thème, avec un degré d’analyse toujours plus affiné à chaque passage. À ce titre, les soixante dernières pages sont les plus denses et les plus pertinentes. Sans prêter aucunement le flanc à une quelconque forme d’adventisme hétérodoxe, l’auteur souhaite redonner au dogme de la venue glorieuse du Christ toute la place qu’il a dans la profession de foi chrétienne. Se désolidarisant de tout immanentisme philosophique et de toute récupération politique de type révolutionnaire, Françoise Breynaert s’emploie à promouvoir une doctrine proprement théologique, héritée des premiers Pères de l’Église, celle d’un royaume intermédiaire entre le temps présent et l’entrée définitive dans l’éternité.

Cette antique doctrine du millénium, très en vue chez les chrétiens les plus fervents des premiers siècles, a vécu une éclipse pendant tout le Moyen Âge. Depuis la Renaissance, elle connaît un regain d’intérêt stimulé par le renouveau patristique. Un saint comme Grignion de Montfort dit ainsi dans son Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge : « Si mon aimable Jésus, dans sa gloire, vient une seconde fois sur la terre (comme il est certain) pour y régner, il ne choisira point d’autre voie de son voyage que la divine Marie, par laquelle il est sûrement et parfaitement venu la première fois. La différence qu’il y aura entre sa première et dernière venue, c’est que la première a été secrète et cachée, la seconde sera glorieuse et éclatante ; mais toutes deux parfaites, parce que toutes deux seront par Marie. Hélas ! voici un mystère qu’on ne comprend pas ». Plus récemment encore, Léon Bloy, premier auteur cité par le Pape François dans son pontificat, écrivait : « Car il est bien certain que je suis fait pour attendre sans cesse et pour me ronger en attendant. Depuis plus d’un demi-siècle, je n’ai pas été capable d’autre chose... J’ai une faim et une soif si furieuses de la Gloire de Dieu sur la Terre que je compte les jours comme un insensé... Et pourtant quelqu’un doit venir, quelqu’un d’inouï que j’entends galoper au fond des abîmes... J’attends les Cosaques et le Saint Esprit... ».

Dans le prolongement de ces auteurs, nous souhaitons à Françoise Breynaert d’apporter, par cet ouvrage, sa contribution à une réflexion théologique importante pour l’Église aujourd’hui, propre à renouveler et vivifier notre Espérance. « Ô nuit, ô ténèbres épaisses, dont la confusion rend le monde au chaos, la lumière survient et les cieux pâlissent : Voici le Christ, retirez-vous » (hymne de la liturgie monastique des laudes).

À Notre-Dame de Fontgombault, le 22 juin 2016

fr. Cyril Pasquier, osb

avec l’accord de son père abbé

La venue glorieuse du Christ

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