Seigneur, quand reviendras-tu ? Méditations pour l'Ascension

Lecture des Actes des apôtres

Pourquoi l’heure n’est-elle pas connue ?. 1

La Venue glorieuse est surtout une espérance pour le monde. 2

Un retour corporel ?. 3

Des idées fortes, importantes pour le monde. 4

Marie. 5

N.B. Quelques explications sur la 2° lettre Pierre. 5

 

Lecture des Actes des apôtres

            Le jour de l’Ascension, la liturgie (année B) nous fait lire ce passage des Actes des apôtres :

            « Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. » (Ac 1, 6-7)

            Jésus ne dénigre leur espérance pour le monde, le attendre d’une restauration d’un royaume terrestre. Mais il nous dit que l’heure n’est pas fixée.  Les temps et les moments dont Jésus parle sont ceux de sa Venue glorieuse, comme l’exprime la suite du texte des Actes des apôtres :

            « Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » Ac 1, 10-11

            Au moment de l’Ascension, le retour du Christ est donc promis. Nous lisons dans le discours de Pierre que ce retour sera une restauration universelle :

            « Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés, et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps du répit. Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus, celui que le ciel doit garder jusqu’aux temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes. » (Actes 3, 19-21)

 

Pourquoi l’heure n’est-elle pas connue ?

  • Parce que les justes peuvent en hâter l’heure (2P 3, 12).
  • Et aussi parce que l’Antichrist doit se manifester d’abord.

            « Vous avez ouï-dire que l’Antichrist doit venir ; et déjà maintenant beaucoup d’antichrists sont survenus : à quoi nous reconnaissons que la dernière heure est là » (1Jn 2, 18).

            « Alors l’Impie se révélera, et le Seigneur le fera disparaître par le souffle de sa bouche, l’anéantira par la manifestation de sa Venue ». (2Th 2, 8)

            Sa Venue glorieuse n’anéantit pas le monde, c’est l’Antichrist (et les ennemis de la foi) qu’elle anéantit.

            Le catéchisme de l’Eglise catholique  parle de cet Antichrist :

            « L'imposture religieuse suprême est celle de l'Antichrist, c'est-à-dire celle d'un pseudo-messianisme où l'homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair » (CEC 675). C’est la gnose de celui qui, ne croyant pas en la divinité du Christ, prétend se sauver sans lui… La gnose de celui qui, n’adorant pas le Christ, se fait adorer soi-même.

            Et « L’imposture anti-christique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l'on prétend accomplir dans l'histoire l'espérance messianique qui ne peut s'achever qu'au-delà d'elle à travers le jugement eschatologique »  (CEC 676)

            Expliquons un peu : prétendre accomplir l’espérance messianique avant la Venue glorieuse du Christ, c’est ce qu’on appelle aussi le messianisme politique. Cette tentation a deux sources possibles. Lorsque l’on attend rien du retour du Christ, soit parce que l’on refuse de croire en la Divinité du Christ, ou, tout simplement, parce que l’on ignore la consistance de la Venue glorieuse du Christ, alors on cherche à réaliser humainement, militairement, un salut : par exemple le communisme des lendemains qui chantent, le progrès occidental, islam est la solution, le grand Israël lumière du monde… C’est une espérance de type messianique, historiquement issue de l’espérance chrétienne, mais elle est post-christique, anti-christique.

 

          Nous ne parlons pas d’une évolution tranquille vers un avenir radieux.

          Nous parlons d'un Antichrist donc d'une lutte, d'un choix, d’une prise de position.

           « Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13,8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20,7-10) qui fera descendre du Ciel son Epouse (cf. Ap 21,2-4). » (CEC 677)

            Nous parlons d'un Jugement, et pas seulement un jugement entre le bien et le mal qui sont au fond de mon cœur mais d'un jugement entre les hommes. Ce n'est pas un jugement que moi je vais faire, c'est un jugement qu'un autre fera.

 

La Venue glorieuse est surtout une espérance pour le monde.

            La seconde lecture nous dit :

            « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. » (Eph 4, 2-3)

          Je vous lis un autre verset du Nouveau Testament : « Jésus reviendra pour la vivification de ceux qui l'attendent » (saint Paul lettre aux Hébreux chapitres 9 verset 28). Il n'est pas d'abord dit que Jésus vient pour juger ou pour détruire, il vient pour vivifier. Le mot araméen est très clair même si on traduit généralement pour le mot « salut » ; il s’agit d’une vivification (salutaire). Un peu comme des vitamines ! Jésus est la vie qui vient nous donner la vie, avant de nous donner l'éternelle vie. Avec lui nos actes seront pleinement vivants, puissants, efficaces dans l’ordre du bien.

            Luisa Piccarreta parle de l’ère la divine volonté, c’est le temps de la Parousie, que nous pouvons préparer dès maintenant, par l’union de notre volonté libre à la divine volonté, par l’union au Fiat divin dans la moindre de nos actions, dans nos pas, dans notre respiration… Dieu a dit : que la lumière soit, et la lumière fut, et il vit que cela était bon. S’unir au divin vouloir, c’est entrer dans la puissance et la fécondité de ce divin vouloir, c’est s’unir aux vies divines !

 

Un retour corporel ?

            Une manifestation « corporelle » correspond effectivement à l’attente de la Parousie telle qu’elle est enseignée par les Evangiles : le jour de l’Ascension, Jésus s’éleva visiblement et lentement vers le ciel pour montrer qu’on ne le verrait plus désormais avec son corps avant sa Venue glorieuse :

            « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Ac 1, 11).

            Les apôtres ont témoigné « nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 41), et Papias peut imaginer qu’il fera de même lors de sa Venue glorieuse : ce sera une venue « corporelle » à la manière où le Christ Ressuscité était visible et palpable, sans pour autant être une nouvelle incarnation, l’incarnation a déjà eu lieu et elle a suffi à la rédemption du péché originel (cf. He 9,8)[1].

            Saint Paul précise : « Le Seigneur viendra avec ses saints » (1Th 3, 13). C’est le sens de la première résurrection dont parle l’Apocalypse : les morts ressuscitent et peuvent se manifester avec le Christ, ce sont des apparitions, il n’y a pas à craindre de surpopulation !

 

Une exubérance matérielle ?

            Saint Irénée (comme aussi l’Apocalypse de Baruch et comme Papias) prend des images terrestres dont on peut critiquer l’exubérance, mais dont il faut comprendre qu’elles veulent être concrètes (AH, V, 33, 3-4)., s’opposant par-là aux rêves des gnostiques qui méprisent cette terre et prétendent aller au-dessus du Créateur lui-même (V, 31, 1). Il s’agit d’honorer le Créateur, c’est toute la Création qui va accomplir sa finalité.

On peut aussi observer que les images de saint Irénée, avec ces grappes de raison qui contiennent 10.000 grains sont des images à saveur eucharistique

 

De quel royaume parle-t-on ?

            On ne voit ni Papias ni saint Irénée imaginer que Jésus règne par un pouvoir corporel au sens d’un pouvoir politique, Papias et saint Irénée savent que « la royauté de Jésus ne vient pas de ce monde » (Jn 18, 36), elle ne vient pas de la possibilité de contraintes physiques. Jésus opère par l’attraction de l’amour. . Il laissera aux hommes la liberté de s’organiser politiquement, en sa présence et dans sa sagesse. Une organisation qui, probablement, aura la stabilité des royautés avec la participation de chacun aux décisions et au bien commun, selon les compétences et les qualités des uns et des autres… Avec les principes de subsidiarité (responsabilités locales), de destination commune des biens (partage), etc.  

            Quand le magistère rejette l’idée que « le Christ Seigneur viendra pour régner en cette terre-ci visiblement avant le jugement final »[2], il rejette l’idée d’un règne par les contraintes visibles de ce monde, ce qui n’empêche pas de croire qu’il sera Roi dans le monde (ce qui est l’objet de la solennité du Christ Roi, en clôture de l’année liturgique).

 

Des idées fortes, importantes pour le monde

                Nous avons donc, nous les chrétiens, des idées fortes, des idées puissantes à proclamer au monde. Des idées porteuses de paix.

                Concernant les Juifs, nous annonçons : « Que sera leur réintégration, sinon une vie hors des morts [zoè ek nekrôn] ? » (Rm 11, 15). Il n’y a pas deux rédempteurs, l’un qui serait Israël –(politique), l’autre Jésus le Christ. Il n’y a qu’un rédempteur, Jésus. Oui, les prophéties se réaliseront toutes et Israël gardera sa place de peuple élu, mais en étant réintégré au cep vivifiant de Jésus le Christ, pas autrement. Le reste, c’est un messianisme politique qui fait le jeu de l’Antichrist.

            L’important dans le dialogue entre chrétiens et musulmans, c’est que les uns et les autres croient que le mal n’aura pas indéfiniment son emprise sur le monde et que la volonté de Dieu se fera. La recherche historique montre que Mahomet annonçait (comme un « prophète ») le Jour du Jugement, et surtout la redescente imminente de Jésus (Issa) sur la terre, mais cela corporellement, en exerçant une contrainte politique et militaire. A cette fausse eschatologie, génératrice de violence, il faut répondre en présentant la révélation chrétienne.

            Les ennemis de la foi et du bien devront être jugés.

            Ce jugement ne peut qu’être fait par le seul qui soit innocent, le Christ, et par ses anges. Donc seulement lors de sa Venue.

            Avant la moisson, dit Jésus, nous ne devons pas arracher nous-mêmes l’ivraie du champ ; on risquerait d’arracher aussi le bon grain (Mt 13, 40-43). C’est cette patience qui fonde la « tolérance ».

            On ne peut donc éradiquer le mal, mais on peut et doit le combattre.

            Le règne de Dieu ne s’impose jamais, il se prépare.

            Les forces du mal sont parfois antagonistes, et sèment la guerre.

            Dans la Bible, lisons l’Apocalypse : la Bête, avec les dix rois, sont nihilistes. Ils prennent en dégoût Babylone, immense cité qu’ils ont suscitée, cité puissante rassemblant tous les trafiquants de la terre avec leurs cargaisons d’or, d’argent et de "marchandise humaine" (Ap 18, 13) ; et ils la détruisent (Ap 17, 13-17).

            A l’accomplissement du temps actuel, la terre sera purifiée de l’Antichrist et de ses suppôts, et des esprits malins,

qui répandent l’impiété,

le mensonge et les idéologies, l’impureté et la violence,

la cupidité et l’endettement,

l’ésotérisme et le satanisme.

            Ils seront jetés en enfer au moment de la Venue glorieuse du Christ (pas avant), alors, et alors seulement, le règne de Dieu pourra s’établir.

            Alors, dans la présence spirituelle et glorieuse du Christ et des saints qui l’accompagneront (apparitions), les hommes s’organiseront en formant le « royaume des justes », qui est « le prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu » (Saint Irénée, Contre les hérésies, V, 32, 1).

            Jusqu’à l’entrée dans l’éternelle Vie (le Ciel), à travers le rejet d’une ultime tentative, globale cette fois, du mal.

 

Marie

            Marie est la Vierge immaculée, par elle le Verbe s’est fait chair, par elle nous accueillerons la venue glorieuse du Christ.

            Marie est la Reine immaculée de l’univers, « exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour   être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap 19,16), victorieux du péché et de la mort ». (Lumen Gentium 59)

Françoise Breynaert

La Venue glorieuse du Christ. Véritable espérance pour le monde. Préface père Cyrille Pasquier (Osb), postface Daniel Ange. Editions du Jubilé (octobre 2016). Ce livre est une étude biblique et patristique. Il réveille une grande espérance dans le cœur des chrétiens en abordant un thème que les chrétiens d’Orient n’ont jamais oublié.

Préparer dès maintenant le retour glorieux du Christ, avec les écrits de Luisa Piccarreta (préface Mgr Rey), Téqui 2018. (Conséquence spirituelle du livre précédent)

Cf. Emission radio Notre Dame « décryptage », 21 mai 2018

 

N.B. Quelques explications sur la 2° lettre Pierre

 

« 10 Le jour du Seigneur viendra comme un voleur, et dans ce jour [qui est comme mille ans], les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre et ses travaux passeront[3]. 11 Ainsi, puisque tout cela est en voie de destruction, vous voyez quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu vous devez avoir, 12 attendant et hâtant la Parousie du jour de Dieu (ce jour où les cieux embrasés seront détruits, où les éléments en feu se fondront). » (2P 3, 10-12 – traduction littérale).

            La terre et ses œuvres, littéralement ses travaux, passeront. Quels sont ces travaux ? Nous lisons dans l’Evangile : « Ils lui dirent alors : "Que faut-il faire pour travailler aux travaux de Dieu ?" Jésus leur répondit : "Le travail de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé" » (Jn 6, 28-29). Le passage dans l’éternité implique la fin du « travail » de la foi. L’image des « éléments embrasés » (2P3, 10) n’a pas la signification négative d’une destruction du monde par un déluge de feu mais la signification positive d’une refonte de l’univers qui passe d’un état à l’autre, de la vie dans le temps chronologique à la vie dans l’éternité, et des hommes qui passent de la foi à la vision béatifique. Il n’y a donc pas à se demander comment quelques personnes pourraient survivre au déluge de feu !

            C’est tout cela qu’il ne faut pas « ignorer » (2P 3, 8). En effet, l’ignorance de cette dimension ouvre la porte à toute sorte de palliatifs où l’homme cherche à réaliser sur la terre ce qui ne peut se réaliser que dans l’au-delà de la Parousie. Saint Irénée dit : « Mais certains, qui passent pour croire avec rectitude, négligent l’ordre suivant lequel devront progresser les justes et méconnaissent le rythme selon lequel ils s’exerceront à l’incorruptibilité. Ils ont ainsi en eux des pensées hérétiques… » (AH, V, 31, 1)

 


[1] Papias ne fait pas l’erreur des judéo-nazaréens et du proto-islam qui attendaient que Jésus redescende physiquement à Jérusalem ou à Damas…

[2] Saint Office, 21 juillet 1944, cf. DS n° 3839.

[3] En araméen : ne seront pas trouvées. En grec, traduisent « seront trouvées » (verbe eurisko), il y a différentes traductions qui montrent un sens général : la terre et ses œuvres passeront.